Description
Aux éditions Accents poétiques, il a toujours été d’usage que la préface soit rédigée par une tierce personne. Ce fut le cas pour mes précédents recueils. Aussi le lecteur sera-t-il étonné en constatant qu’ici, elle est de la main même de l’auteur. J’ai hésité un moment avant de faire ce choix. Confier la préface à autrui permet d’explorer de nouvelles approches, de découvrir un regard neuf sur ses propres écrits et il y a dans cet exercice une forme de mise à distance salutaire, presque analytique, que l’auteur ne peut s’accorder à lui-même. En outre, ce serait mentir que de ne pas admettre le côté flatteur de la chose : voir quelqu’un s’emparer de vos mots pour en déplier le sens a quelque chose de troublant et de gratifiant à la fois. Si j’ai renoncé à cette tradition, c’est pour une raison qui s’inscrit en filigrane du titre même de ce recueil. Ma poésie est arrivée dans sa dernière saison. Ce constat s’appuie sur deux faits.
Tout d’abord, ce recueil fait suite aux trois précédents : Hors ligne (2015), Hypothèse d’une brisure (2017) et Les galets cendrés (2023), tous parus aux éditions Accents poétiques. L’audience de chacun d’entre eux est restée plus que confidentielle. Une part de l’explication réside sans doute dans ma faible appétence pour la chose commerciale. Je n’ai jamais su, ni même osé, mettre en avant mes œuvres, convaincre, solliciter, m’exposer à ce que la promotion implique de démarches et de concessions. La vérité m’oblige aussi à reconnaître avec lucidité que ma poésie n’a jamais soulevé grand intérêt dans mes entourages familiaux et amicaux : trop sombre, volontiers dérangeante, elle n’est pas calibrée pour séduire. Je le comprends, sans en éprouver d’amertume. Et si, sans une once de fausse modestie, je reconnais volontiers que ma plume sait ne pas verser dans la médiocrité, je n’entends pas rivaliser avec nombre de poètes contemporains autrement plus talentueux. Il n’empêche : à de rares exceptions, nous écrivons tous dans l’espoir d’être lus, dans l’espoir qu’une voix trouve, quelque part, une oreille qui lui corresponde. Et à ne pas trouver d’échos autour de soi, arrive inévitablement le jour où l’on s’interroge sur le sens même d’un recueil, sur ce que l’on cherche encore à accomplir en persistant dans cette direction.
Ensuite, après plus de trois décennies, je crains d’avoir épuisé le substrat de ce qui constitue mon univers poétique. Ma plume volontiers nocturne s’est abreuvée jusqu’à plus soif dans un pessimisme existentiel, l’insignifiance de l’humain face à l’immensité indifférente du monde, un athéisme radical, même si parfois ambivalent car traversé de moments où l’absence de Dieu pèse autant que sa présence supposée. Longuement, j’ai défriché des terres obscures où la lumière n’a que rarement percé, où les mots servaient moins à éclairer qu’à nommer avec précision ce qui résiste à toute consolation. Cette exploration n’a pas été vaine : d’elle, je tire les convictions intimes qui sont aujourd’hui le terreau d’un homme libre, affranchi des croyances inculquées dès l’enfance, et qui n’a plus besoin de les combattre pour se sentir debout.
Ainsi, ce recueil vient clore la démarche poétique de ma quête. Celle-ci va continuer sous d’autres formes, par d’autres voies, mais je laisse désormais Calliope derrière moi. Ce recueil est le dernier pour plusieurs années. Nul ne sait l’avenir, aussi n’aurai-je pas la prétention d’affirmer que jamais plus je n’écrirai de poésie. Mais Dernière saison est une césure majeure, le signe que quelque chose s’achève, non dans le renoncement, mais dans l’accomplissement tranquille d’un cycle.
Pour accompagner les poèmes de ce recueil, j’assume d’avoir fait un choix que d’aucuns considéreront au mieux comme iconoclaste, au pire comme inacceptable mais je gage que certains sauront trouver la démarche intéressante, voire cohérente avec ce qu’est devenu notre rapport aux images. La plupart des textes sont accompagnés d’une illustration réalisée avec l’aide de l’intelligence artificielle. Il m’a paru juste de tenter de reproduire visuellement ce que je cherchais à exprimer à travers mes vers. Le but ne fut pas de doubler les poèmes, mais d’offrir un espace visuel qui en prolonge l’atmosphère sans les paraphraser. Chaque création d’image m’a demandé plusieurs heures, avec comme principe directeur de ne jamais abandonner la main à l’IA, mais de la brider et de la corriger jusqu’à obtenir un visuel qui soit, à mes yeux, l’écho juste du texte. C’est dans cet esprit que je vous invite maintenant à entrer dans ces pages.
Guillaume de Chantérac







