Audace à l’ombre d’un clin d’œil (Ebook)

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Après la publication de Jusqu’au bout est un voyage, l’auteur nous offre un nouveau recueil de poèmes écrits il y a une bonne vingtaine d’années. Émilie Notard soulignait dans la précédente préface « qu’il est bon de lire de la poésie qui nous invite à philosopher » ; le présent recueil n’y déroge pas, il est dense et profond et semble avoir même une dimension cathartique.  Pierre Poquet est un magicien des mots. Le champ de l’abstraction et des idées est très très large, des fleurs à la physique quantique, de l’intime à un ordre cosmique. […] il y aurait encore tellement de choses à dire ! Il faut lire et relire ces textes pour en apprécier toute la richesse.

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Description

Pierre Poquet m’a fait l’honneur en me confiant la délicate mission d’écrire la préface de ce nouveau recueil. Il souhaitait une personne neutre, éloignée des cercles poétiques. Cette poésie n’est pas d’un accès facile, tant sur la forme que sur le fond ; elle est exigeante, parfois énigmatique, avec des accents surréalistes. Alors, en ai-je saisi tous les messages, toutes les subtilités, toutes les références ? Probablement pas. Mais si je ne suis pas un puriste, lire de la poésie est aussi une question d’impressions, de sensations, d’émotions.

Audace à l’ombre d’un clin d’œil : l’audace se manifeste déjà dans l’écriture et la construction de l’ouvrage. Une versification libre, éclatée, aérée ou plus compacte pour traduire un certain état d’esprit. Ce recueil est divisé en sept parties, dont « En ce jour de licorne » qui se déroule sur 55 pages, avec pour seule ponctuation un point au bas de chacune d’elles ; d’autres parties n’ayant en tout et pour tout qu’un seul point final. La première page donne le ton : deux strophes, justement décalées, à la fois très belles et propices à la réflexion.

Il faudra ramasser
Petit à petit
L’erreur de nos fatigues

Un clocher
Frileusement
Se tourmente
De ne plus donner l’heure

Après la publication de Jusqu’au bout est un voyage, l’auteur nous offre un nouveau recueil de poèmes écrits il y a une bonne vingtaine d’années. Émilie Notard soulignait dans la précédente préface « qu’il est bon de lire de la poésie qui nous invite à philosopher » ; le présent recueil n’y déroge pas, il est dense et profond et semble avoir même une dimension cathartique. Dans « Oubli de solitude » qu’il dédicace à son père, il nous emmène sur des chemins émotionnels, dans des questionnements qui s’emparent de chacun au moment de la disparition d’un être cher, dans les jours d’un « mois glacé » entraînant « vertige », « douleur », « chaos », « angoisse qui souffle l’insomnie ». C’est dans ces moments-là qu’il faut chercher du sens à cette réalité complexe et quasi insondable ; et incontestablement, prendre la plume est pour l’auteur un moyen de creuser ces questions existentielles.

La licorne, de sa légende médiévale au symbole contemporain, a fait l’objet de nombreuses interprétations et représentations allégoriques. Qu’est-ce alors ce « jour de licorne » annoncé par l’auteur ? Une transformation, une rédemption, une renaissance ? Un retour à l’enfance, un retour à la nature ? Probablement un peu de tout ça.

On retrouve les sentiments d’abandon, de vacillement et d’errance liés à un état de deuil.

Il s’est enfui
Par le sentier bleuté
D’une autre saison

La fraîcheur ce soir-là
Avait des épines sous les pieds
Et moi pauvre Pierrot
Je n’avais plus de lune

Il y a pourtant nécessité de les dépasser : « C’est au fond du puits / Que se dessinent les moissons », même si « Personne ne s’évade / Du sillage formé par les sanglots ». Du noir et rouge-sang de la douleur et de l’angoisse naissent de nouvelles couleurs, forcément hybrides, recomposées, mais porteuses d’espérance. Ce jour de licorne est un état de métamorphose, fait de questionnements sur les origines et le sens de la vie, dénués de certitudes : « Le mystère du jour / Est un rosier qui danse / Au seuil de la transparence », « Connaître est si petit / Dans la multitude des autres ».

La nature est omniprésente tout au long du récit – éléments de composition et phénomènes qui lui sont rattachés – comme pour en souligner tout le poids, toute la force et toute la sagesse. Sans en oublier la beauté éphémère : « Nues les fleurs s’abreuvent / Au nectar fragile / De la jeunesse éphémère ». Le poète la connaît très bien, elle est une grande source d’inspiration – notamment dans sa dimension symbolique – et d’explication du sens et du rapport à la vie. Nous ne devons pas nous en écarter en « marchant à l’ombre des fougères ». Pour autant, l’observation de la nature nous amène davantage vers le contraste que l’illusoire pureté : « le printemps s’entoure de grisaille ».

« Le présent assoiffé / D’immobilisme / Ne peut bousculer l’espace ». L’espace semble considéré au sens de l’univers, de cet espace-temps déterminé par la vitesse de la lumière : « Nous ne sommes que des poussières d’étoiles / Dans un ordre cosmique / Seule la lumière possède la maîtrise du temps ». Nous pouvons penser au sens de la nature chez les stoïciens : l’univers, le cosmos, une nature harmonieuse qui se régule toute seule. On atteint une forme d’harmonie en se réglant sur l’ordre du cosmos : « L’harmonie s’ouvre à la métamorphose », « La naissance de l’harmonie / Donne au feuillage / La jouissance du sommeil ».

Il n’y a pas d’injustice
Dans l’ordre établi
Les étoiles souveraines
Bercent nos horloges
Même si la vie n’est pas un long fleuve tranquille :

C’est dans un vacarme incroyable
D’orages
D’images et de silences
Que le sentier se trace

Après le probabilisme du premier recueil, dans lequel Pierre Poquet étudiait la toile de Pierre Lepers, vient le psychédélisme basé sur l’observation et la réflexion d’une autre toile, celle de Erick Hehunstre, artiste plasticien. Selon le centre de ressources textuelles et lexicales, le psychédélisme est « un état psychique provoqué par l’absorption de drogues hallucinogènes et consiste en un débordement délirant des idées et une distorsion des faits et des images réels, qui peuvent aller jusqu’aux hallucinations psycho-sensorielles. ».  D’un point de vue formel, la versification est encore plus libre et désarticulée, les mots donnant justement l’impression de planer. Un tableau de corps et de membres enchevêtrés dans une perspective de profondeur : « Un corps écartelé », « des sables mouvants », « un profond vertige », « la vague à gros bouillon », « des fils de feu », « la clameur de la chute », « la résonnance du vide », etc. Fasciné par la peinture, et le surréalisme en particulier, l’auteur y puise une large part de son inspiration. Pour autant, il ne semble pas croire en des remèdes miracles qu’il qualifie de faux sommeils : « Les gouttes de pavot / en guise de trompe l’œil ».

« De vrais sommeils / En faux sommeils / Nous nous réveillerons / Chaque fois différents » : même dans le chaos, la vie est un processus de reconstruction permanent. L’esprit torturé est toujours un état de renaissance : « Aucune boussole / ne chaloupe », dans lequel le rêve et le plaisir (des arts, des corps, de la découverte ou des voyages) jouent un rôle essentiel : « Il y a toujours la place au rêve / À la chaleur des corps, / À la nature ou à des notes de musique ».

Dans « Paysages nocturnes », le texte est plus resserré, comme un état d’oppression plus lourd, plus sombre, duquel il faudrait se défaire.  Comme l’eau qui coule, de la source à la fontaine.

Une nouvelle fontaine ouvrira
La porte du crépuscule
Qui retenait l’instinct captif
Pour nous offrir
Une autre direction.

Et les chemins pour y parvenir sont des trajets souterrains, dans des roches plus ou moins dures, dans lesquelles elle finit toujours par s’infiltrer, passer par les moindres interstices pour parvenir à la lumière : « L’aurore trace / L’ultime chemin de l’eau ».

L’eau, dans un registre lexical varié, revient en permanence. Elle est la vie, inscrite dans nos cellules : « Inconsciemment / L’homme se nourrit / De la mémoire de l’eau ».

La toute dernière strophe est d’une grande portée symbolique avec cet oiseau migrateur si familier :

Ainsi la cicatrice toujours sanglante
Du retour
Déguise le cri de l’hirondelle.

Et cette « quête de l’eau » passera par l’écriture (« Il restera l’encre sur le buvard et toute l’imagination du monde / Pour feutrer la chaleur du Verbe ») et la raison. L’auteur ne semble pas accorder de crédit à la croyance religieuse pour le sortir de cette ornière de solitude et des méandres de la mémoire.

L’oracle fragile fragmente sans raison le chapelet
Égrenant la mémoire interdite du doute
Dans le regard indomptable d’un faux prophète

Comme dans son précédent recueil, le nom de Dieu n’apparait jamais sous la plume de l’auteur, mais l’oracle apparaît à de nombreuses reprises, comme si le lien avec la prédiction, la prophétie ou la parole divine n’avait pas été coupé.

« À l’abordage du vent » est scindée en quatre sous-parties : « Tout cet espace » ; « Et l’océan qui bat » ; « Entre les parenthèses » ; « Ici et maintenant ». L’expression « à l’abordage du vent » sonne l’action, et également « Et l’océan qui bat » qui avec cinq verbes à l’infinitif en première page : « dénuder, réchauffer, voyager, Transpercer / l’orée / du désir /, Résister / aux griffes / de l’abime », indiquerait qu’après toute cette phase introspective et tourmentée, vient le moment de la lucidité et de la volonté, confrontée au pouvoir vertigineux de l’écriture : « Crépuscule / Pieds et poings liés / Par l’encre ».

Sur la forme, la structure apparente contraste, comme pour affirmer plus de rigueur et de détermination.

Pas surprenant que tout ceci débouche sur un métabolisme, une alchimie où tout s’entremêle, se confond, « dans une multitude jaillissante », « une harmonie de cristal née de la blessure », et où « seule la lumière / possède la maîtrise du temps ». Inutile de se mentir : « La sève mensongère / Apaise l’ardeur / De notre soif », et d’être orgueilleux : « l’orgueil est destructeur ».

« En pleine puissance / Inlassablement / Le piège se refermera / Afin de nous offrir le message / De notre infiniment petit ». Ne cherchons pas à nous voiler la face, « il ne faut pas se laisser bercer par des souvenirs factices ».

S’accrocher au passé ou se leurrer d’un avenir incertain nous conduit à errer sur ce bateau fantôme. Mieux vaut un « Chemin de paroles et d’oranges », un chemin de passions en harmonie avec la nature. « Les oiseaux migrateurs / Souffrent de la semence répétée / Des songes artificiels ». Pour vivre humblement mais intensément, gardons notre lucidité, ne nous laissons pas griser par de fausses promesses et de faux prophètes.

Pierre Poquet est un magicien des mots. Le champ de l’abstraction et des idées est très très large, des fleurs à la physique quantique, de l’intime à un ordre cosmique. L’écriture de cette préface me laisse un goût amer : les éléments retenus relèvent de choix et de raccourcis inévitables ; il y aurait encore tellement de choses à dire ! Il faut lire et relire ces textes pour en apprécier toute la richesse.

Frédéric Le Roux

Informations complémentaires

Editions

Accents poétiques

ISBN

978-2-916792-64-4

Auteur(s)

Pierre Poquet

Découvrez quelques pages de l’oeuvre

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