Nul ne se souvient (Ebook)

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Nul ne se souvient est le premier recueil de Vincent Boutal, publié aux éditions Accents poétiques. Portée par une énergie céleste entre rêves et nuages, l’auteur, qui est assis un sur toit, bénéficie d’une vision aérienne du monde et nous offre une plongée à vif dans notre Humanité amnésique.

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Description

La maladie où l’on oublie tout, c’est la maladie de quoi déjà ?

 Hervé Le Tellier1

Premier recueil de Vincent Boutal, Nul ne se souvient est constitué de 56 poèmes numérotés précédés d’un poème introductif sans numérotation. Les poèmes sont courts et vont de 3 (10 et 20)2 à 35 vers (47) bien que la majorité d’entre eux ne dépasse pas les 10 vers. Cette concision aurait-elle un rapport avec le titre du recueil qui nous rend amnésiques ? Nul ne se souvient de quoi déjà ?, est-on en droit de se demander à la manière de Hervé Le Tellier dans son poème intitulé « La qui flanche ». La phrase étant tronquée, apprendra-t-on au fil des pages ce que personne ne se rappelle ?

Si Vincent Boutal nous confronte à une perte de mémoire considérable avec son titre, le tout premier poème non numéroté nous plonge dans le vif de l’actualité. Cette douche froide nous rafraîchit vite la mémoire dès l’évocation de « […] l’onde marine / refuge d’une Humanité nomade ». Car en lisant ce poème entre ciel et mer, comment ne pas penser aux migrants qui traversent la Méditerranée dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe où ils racontent déjà – qu’ils soient morts ou vivants – « les légendes de demain », ces terrifiantes odyssées du XXIème siècle ? Au cours de ses récits, cette « jeune Humanité » (3) convoque les fantômes du passé :

la mer est venue poser
au milieu des cadavres et des plaies
le livre noir des hommes

Qu’est-ce que ce « livre noir des hommes » (18) si ce n’est l’Histoire, notre Histoire européenne, voire même mondiale, encore récente ? Qu’est-ce sinon les charniers des camps d’extermination du IIIème Reich, que des poètes comme Florence Pazzottu dans Hymne à l’Europe universelle (sic)3 ou encore Julien Boutonnier dans (-)Avril4 relient aux événements actuels ? Moins concret que les poètes cités précédemment, Vincent Boutal nous laisse le soin de faire nous-mêmes la relation entre les événements historiques en évoquant « […] le pas lourd de l’Histoire » (19), « une essence de mort » (ibid.) et « […] le talon noir de la haine » (ibid.) dans un poème où la violence des pas et des talons résonne à travers la répétition du verbe « frapper », l’allitération en r et au-delà du poème dans tout le recueil quand il évoque « […] la terre noire de nos servitudes » (29), « le chaos annoncé » (34), « les échos de nos guerres [qui] parsèment les routes / de branchages humains » (35), « hommes et bêtes [qui] jouent à tuer » (41) ou encore « l’odeur de la guerre » (ibid.). Depuis la nuit des temps, l’Humanité se retourne contre elle-même et ne tire aucune leçon du passé, comme le rappelle notre poète dans le poème 23 à travers la métaphore de la blessure qui ne cicatrise pas :

par où donc porte le vol de l’Histoire
si ce n’est à la blessure qui ne cesse
de s’ouvrir et de se refermer
comme un ciel que l’orage déchire

L’Humanité oublierait-elle son passé comme le je lyrique du poème 14 s’apercevant de la disparition des traces de ses pas dans le sable une fois la marée montée ? L’Humanité s’oublierait-elle parce que Dieu l’aurait oubliée, comme le suggère le poème 17 ?

j’oublie
avec le vent
l’odeur
l’instinct de mort
et dans des voiles cousues au sang
un dieu sans nom vient s’effondrer

Thème nietzschéen par excellence, la mort de Dieu plonge l’humanité dans un nihilisme réactif détruisant tout sur son passage – par opposition au nihilisme héroïque associant la mort de Dieu à une bonne nouvelle. Se retrouvant dans l’incapacité de créer une éthique de vie positive, l’Humanité est incapable de s’adonner à l’amor fati (l’amour du destin) et l’amour de la terre qu’enseigne si bien la philosophie nietzschéenne. Rien d’étonnant dès lors de trouver presque au centre du recueil la clef du titre au détour d’un vers : « nul ne se souvient du goût de l’Amour » (21).

Face à ce constat, le poète souffre mais ne parvient pas à exprimer sa souffrance qui reste un cri silencieux à la Munch5. Dès lors, il s’interroge et interroge son lectorat sans jamais utiliser de point d’interrogation6. Si Vincent Boutal nous laisse seul·e·s face à ses questions – quand elles ne sont pas rhétoriques –, il ne nous abandonne pas pour autant puisqu’il cherche malgré tout à rétablir l’équilibre du monde : « mes mains cherchent / par où apaiser toute  cette folie » (25). Il prie pour sauver l’Humanité : « que la racine pousse à travers la pierre et le fer / au langage de l’exil » (24). D’ailleurs, il prédit – au même titre que Jean-Pierre Siméon dans son ouvrage éponyme7 – que la poésie sauvera le monde en rédigeant un véritable hymne à la poésie comme message d’amour (cf. 51). Et vers la fin du recueil, au poème 43, il est même prêt à enfanter un orage d’amour :

je tourne mon ventre vers la mer
comme s’ouvrent les coquillages à la marée montante
un ventre rond
plein
d’amour et de rêves
un ventre libre
prêt à enfanter l’orage

Porté par une énergie céleste entre rêves et nuages dès le premier poème numéroté, le poète, qui est assis sur un toit – rappelons que Vincent Boutal est charpentier de profession –, bénéficie d’une vision aérienne du monde. De là-haut, il peut parsemer le ciel de lueurs d’espoir, comme au poème 49 :

il est mon amour
un monde que rien ne défait
ni les peurs ni la haine
et posés sur son toit
nos yeux pour tout embrasser

À cette communion cosmologique s’ajoute une communion avec la nature dans laquelle le recueil entier est inscrit dès le poème initial non numéroté et plus particulièrement dès ce vers : « mon corps tourné vers des plaines sauvages » (2). Les poèmes baignent dans une luxuriance végétale au gré des quatre saisons. Le champ sémantique de la nature est quasi omniprésent et s’organise principalement autour des quatre éléments : l’eau8, la terre9, le feu10 et l’air11. Comme Nietzsche, Vincent Boutal nous enseigne l’amour de la nature parce qu’elle est synonyme de vie : « la main passée sur l’écorce / trouver un peu de moi » (22). Il nous convie à écouter la vie pulser dans notre sang, véritable réminiscence du tamtam ancestral qui nous entraîne inévitablement vers le thème de la fertilité. Le mot « ventre », qui revient à plusieurs reprises dans ce recueil, est à la fois le ventre de la terre, le ventre de l’aimée et le ventre du poète12. Mais alors que ce dernier est prêt à enfanter un orage d’amour et de rêves (43), le dernier poème de Nul ne se souvient se termine sur une étrange naissance (prématurée ?) de l’orage sur fond de ciel sanguin. Icare – métaphore du poète –  et l’amour – métaphore du message poétique –, auraient-ils volé trop près du soleil de l’espoir pour mourir ainsi ? Ou peut-on encore espérer que d’autres plumes disperseront cet orage orphelin ?

Émilie Notard


1 Le Tellier, Hervé. « La qui flanche » in Zindien. Bordeaux : Éditions du Castor Astral, [1999] 2009, p.55.
2 Les chiffres mis entre parenthèses correspondent à la numérotation des poèmes dans ce recueil.
3 Pazzottu, Florence. Hymne à l’Europe universelle (sic). Marseille : Al Dante, 2015.
4 Boutonnier, Julien. (-)Avril. Toulouse : Les éditions du Marchepied, 2016.
5 Cf. « une marée rouge m’empêche de hurler » (26), « le cri est enfoui / et avec lui l’odeur de l’encre et sa blessure » (45).
6 Cf. « que reste-t-il de beau sous la cendre » (10), « sais-tu » (13), « où porte le vent » (19), « quels ors tracés dans la poussière grise des mots » (ibid.), « quelle est cette fable / où tu te serais crevé les yeux Œdipe » (33), « sauras-tu retrouver » (35), « restera-t-il dans le ciel autre chose / qu’une immense blessure » (37), « quel soleil ma louve / pour nous porter / vers l’algorithme de demain » (46), « qu’est-il resté de nous » (50), « quelle plaine sauvage / quel rêve soulevé / au-delà d’un terrible horizon » (ibid.) et « quel crime / quel cri / que ne peut disperser l’orage » (56).
7 Siméon, Jean-Pierre. La poésie sauvera le monde. Paris : Le Passeur, 2015.
8 Cf. « onde marine », « sel », « pluie », « larmes », « écume », « source », « rosées », « marée », « algue », « vagues », « océan », « mer ».
9 Cf. « sève », « aube végétale », « fruit », « feuillage », « écorce », « arbre », « herbes », « racines », « mousses », « feuille », « alluvions », « branchage des pins », « forêt », « végétaux », « quartz », « schiste », « minerais », « roche », « pierres ».
10 Cf. « fer », « forges », « cendre », « brûlant », « braise », « soleil », « chaleur », « déserts », « ocre », « magma ».
11 Cf. « vent », « ciel », « souffle ».
12 Cf. « le fruit mûri à l’abri de son ventre » (3), « ouvert comme un ventre » (9), « c’est en toi que naît toute chose » (5), « sais-tu le chant de la terre / comment dans son ventre / poussent et meurent toutes choses » (13), « le ventre de la nuit » (32), « j’écris pour toi / ma sœur au ventre rond » (48), sans oublier le poème 43 où le mot « ventre » est répété trois fois.

Informations complémentaires

Auteur

Vincent Boutal

Copyright

© 2017

Editions

Accents poétiques

ISBN

978-2-916792-19-4

Découvrez quelques pages de l’oeuvre

Nul-ne-se-souvient_extrait

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